Swann DELFAU, travail de conception et prototypage d’un foiler solitaire gonflable récompénsé
C'est grâce aux cotisations de nos membres que l'association des Alumni peut, chaque année, valoriser l'excellence académique des étudiants de Grenoble INP - UGA. Lors de leur projet de fin d'études (PFE) — réalisé en institution publique, en association ou en entreprise — les futurs diplômés finissent leur cursus et rendent un écrit à ce sujet. Le financement participatif de notre réseau via les cotisations permet ainsi de récompenser les projets les plus remarquables par la remise d'un prix financier.
En 2026, à Grenoble INP-Ense3, UGA, quatre étudiants ont eu l'opportunité de présenter leurs travaux de recherche devant une assemblée de diplômés, d'étudiants et d'enseignants lors de la Journée des Alumni.

Un grand bravo aux quatre lauréats récompensés grâce à votre soutien :
Nils DONK
Morgane MISS
Eryne THOMAS
Swann DELFAU
Zoom sur les travaux de Swann DELFAU :
Entretien avec Swann — Conception et prototypage d’un foiler solitaire gonflable
Peux-tu nous raconter ton parcours académique et ce qui t’a amené à travailler sur ce projet de conception et de prototypage d’un foiler solitaire gonflable ?
J’ai toujours été attiré par la voile et plus généralement par tout ce qui touche aux bateaux et à leur fonctionnement. Dans mes études, j’ai donc progressivement cherché à faire le lien entre cette passion et mon intérêt pour les sciences, notamment la physique et les mathématiques.
Après mes classes préparatoires au lycée Chaptal, j’ai intégré Grenoble INP – Ense³, où je me suis spécialisé dans la mécanique énergétique et notamment dans la mécanique des fluides. C’était une manière pour moi de comprendre plus concrètement les phénomènes physiques qui sont derrière la pratique de la voile.
Le projet de foiler s’inscrivait justement dans cette continuité : prendre des notions assez théoriques de mécanique et essayer de les appliquer à un objet réel, avec toutes les contraintes que cela implique lorsqu’on passe de la théorie à la fabrication.
Comment est née l’idée de concevoir un foiler solitaire, gonflable et démontable ?
Ce n’est pas une idée qui vient directement de moi. Le projet existait déjà et j’ai rejoint une démarche qui cherchait à concevoir un foiler léger, facilement démontable et surtout transportable.
L’idée était assez intéressante parce qu’on voyait à ce moment-là se développer énormément les pratiques comme le wingfoil et le kitesurf, avec des équipements relativement faciles à transporter. On s’est donc demandé s’il était possible de retrouver cette facilité d’utilisation avec un petit bateau à foil.
L’objectif était finalement de rendre la voile légère plus accessible, en travaillant sur un bateau qui puisse être facilement transporté et stocké. On peut notamment faire le parallèle avec les dériveurs gonflables, comme ceux développés par Tiwal : on cherche à conserver le plaisir de naviguer tout en supprimant une partie des contraintes logistiques liées au transport d’un bateau.
Quel était le principal défi que tu cherchais à relever avec ce projet ?
Le principal défi était vraiment de réussir à fabriquer cet objet. Sur le papier, on peut imaginer beaucoup de choses et obtenir des résultats intéressants avec des modèles théoriques, mais lorsqu’il faut réellement construire le bateau, on se retrouve confronté à énormément de contraintes.
Il fallait notamment trouver le bon compromis entre la légèreté, la stabilité, la solidité et les performances. Et il y avait forcément une limite par rapport aux foilers très performants que l’on peut trouver aujourd’hui : on ne pouvait pas chercher à atteindre les mêmes vitesses avec un bateau pensé pour être gonflable, démontable et facilement transportable.
Le véritable enjeu était donc de trouver un équilibre cohérent. Il ne s’agissait pas de faire le foiler le plus rapide possible, mais de réussir à faire fonctionner un objet qui réponde à toutes ces contraintes à la fois.
Comment es-tu passé de la modélisation numérique au prototype réel ? As-tu eu des surprises lors des premiers essais ?
On a commencé par une modélisation numérique assez simplifiée. L’objectif n’était pas de construire immédiatement un modèle extrêmement complexe, mais plutôt de comprendre les phénomènes principaux et d’avoir une première idée de la manière dont le bateau allait se comporter.
On s’est notamment appuyés sur un bateau existant, le Tiwal, comme référence. Ensuite, on a progressivement fait des allers-retours entre la théorie et la fabrication. On construisait, on testait, on observait ce qui fonctionnait ou non, puis on retournait au modèle pour modifier certains paramètres.
Les premiers essais ont évidemment réservé quelques surprises. Certaines pièces ont cassé, ce qui est assez classique lorsqu’on passe d’un modèle théorique à un prototype réel. On découvre alors des contraintes qu’on n’avait pas forcément anticipées dans les calculs.
C’est aussi pour ça qu’on a privilégié une approche assez agile. Plutôt que de passer énormément de temps sur des simulations numériques très complexes et coûteuses, on avançait par petites étapes, avec des composants relativement standards, puis on validait progressivement les choix directement sur le prototype.
Y a-t-il eu un moment du projet qui t’a particulièrement marqué ou dont tu es particulièrement fier ?
Oui, clairement : le premier décollage du bateau.
Le prototype avait été conçu et fabriqué de manière assez artisanale, donc voire finalement le bateau décoller et réussir à foiler était vraiment une satisfaction. C’est un moment assez particulier parce qu’on passe d’un objet qui existe principalement dans des modèles, des calculs et des plans à quelque chose qui fonctionne réellement sur l’eau.
Il y a aussi tous les échecs qui précèdent ce moment-là. Certaines pièces ont cassé, certains choix n’étaient pas les bons et il a fallu recommencer. Avec le recul, c’est justement cette succession d’essais et d’erreurs qui rend la réussite finale intéressante.
Qu’est-ce que ce projet t’a appris, aussi bien sur le plan technique que personnel, et comment influence-t-il aujourd’hui la suite de ton parcours ?
Techniquement, le projet m’a surtout appris à faire le lien entre la théorie et la réalité. À l’école, on peut parfois travailler sur des modèles très abstraits, avec des hypothèses simplificatrices. Sur un prototype, tout devient beaucoup plus concret : les matériaux ont leurs limites, les pièces cassent, les contraintes de fabrication apparaissent et il faut constamment adapter ce qu’on avait imaginé au départ.
J’ai aussi beaucoup appris grâce à cette approche de prototypage par itérations. On n’a pas forcément besoin d’avoir une réponse parfaite dès le départ. Il peut être beaucoup plus efficace de tester rapidement une première solution, d’identifier les problèmes et de l’améliorer progressivement.
Personnellement, cette expérience a conforté mon envie de continuer dans un domaine où je peux combiner les sciences, la conception et les applications concrètes. C’est notamment ce qui m’amène aujourd’hui vers l’architecture navale à Nantes. J’ai envie de continuer à travailler autour de la conception des bateaux, en gardant cette dimension scientifique mais aussi très pratique.
Quel rôle le réseau Alumni joue-t-il aujourd’hui dans ton parcours ? Et quel conseil ou message aimerais-tu transmettre aux étudiants qui sont actuellement sur les bancs de l’école ?
Le réseau Alumni a déjà eu un rôle concret dans mon parcours puisque j’ai notamment pu bénéficier d’un financement pour un projet de césure autour d’un tour de l’Atlantique Nord. C’est une expérience qui a compté pour moi et qui montre que le réseau peut vraiment permettre de concrétiser certains projets.
Je n’ai pas encore forcément utilisé le réseau dans une démarche de recherche d’emploi à proprement parler. Mais le fait d’avoir fait Grenoble INP-UGA facilite aussi certaines rencontres et certains contacts avec des entreprises où l’école est déjà bien implantée.
Je préfère les relations qui se créent naturellement, autour d’un intérêt commun, d’un projet ou simplement d’une vraie rencontre humaine. Je pense que c’est beaucoup plus intéressant de construire des relations sincères plutôt que de chercher systématiquement à savoir ce qu’une personne peut nous apporter professionnellement.
Et surtout, je conseillerais aux étudiants de chercher à faire quelque chose qui leur plaît vraiment. La performance, le salaire, le prestige ou la réussite professionnelle sont évidemment importants, mais je pense qu’il ne faut pas oublier de se demander si le travail qu’on fait nous apporte réellement quelque chose et nous passionne. Pour moi, c’est cette envie-là qui doit rester au centre des choix professionnels.
Interview menée par Emir TUKOZOGLU, administrateur de l'association - membre du pôle communication
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